Recherches excitantes présentées à la rencontre de 2004 du consortium international de la NNFF

NNFF Newsletter Vol. 25, No. 3, été 2004

(Note de l'ANFQ : Le présent article est tiré du bulletin neuro-fibroma-tosis, vol. 25, nº 3, été 2004, publié par la National Neurofibromatosis Foundation Inc. (NNFF). La version originale anglaise est disponible à l'adresse suivante : http://www.ctf.org/pdf/newsletters/summer04.pdf. Les droits de publication demeurent la propriété exclusive de la NNFF de New York (NY, États-Unis). Cette dernière nous autorise à faire traduire des articles en français, mais ne se tient aucunement responsable de la qualité de la traduction.)


par le Dr Judy A. Small, directrice des essais cliniques et du transfert technologique, NNFF

La National Neurofibromatosis Foundation, Inc. a tenu la rencontre de 2004 de la « NNFF International Consortium for the Molecular Biology of NF1, NF2 and Schwannomatosis » [consortium international de la NNFF pour la biologie moléculaire de la NF1, de la NF2 et de la schwannomatose] du 23 au 25 mai, à Aspen, au Colorado. M. Peter Bellermann, président de la NNFF, a souhaité la bienvenue à tous et encouragé une interaction ouverte et percutante parmi les participants. La Dre Mia MacCollin (Harvard Medical School/MGH) et le Dr Alcino Silva (University of California, Los Angeles) ont co-présidé la rencontre du consortium. M. Bellermann les a remercié tous les deux au nom du milieu de la NF pour un « travail très bien fait » dans l'organisation de la rencontre. Voici un bref aperçu du compte rendu de la rencontre. Pour consulter un compte rendu plus détaillé (en anglais), veuillez visiter le site Web de la NNFF à l'adresse www.ctf.org.

M. Richard Horvitz, président du Conseil d'administration de la NNFF, a fait deux importantes annonces à cette rencontre. Tout d'abord, il a indiqué que M. Bellermann a annoncé qu'il prendra sa retraite à compter du 30 juin 2005, et qu'il continuera à veiller aux programmes médicaux et scientifiques et aux programmes des affaires gouvernementales de la NNFF jusqu'à sa retraite. Les scientifiques se sont levés pour applaudir M. Bellermann en témoignage de leur reconnaissance de son dévouement à la cause de la NF. Ensuite, il a annoncé que la NNFF avait pris la décision de changer son nom et deviendrait la « Children's Tumor Foundation » [fondation des tumeurs chez les enfants], avec la mention « Ending Neurofibromatosis through Research » [mettre fin à la neurofibromatose au moyen de la recherche]. Le centre d'intérêt continuera d'être les neurofibromatoses.

Aspects cliniques de la NF1 et de la NF2

Histoire naturelle et analyse des tumeurs

On a fait des présentations résumant les études de l'historie naturelle de la NF1 et de la NF2. Le Dr Bruce Korf (University of Alabama, Birmingham) a présenté un rapport d'étape et une analyse provisoire de l'étude de l'histoire naturelle des neurofibromes plexiformes chez les gens atteints de NF1. Cette recherche est en cours depuis cinq ans et comporte 16 centres participants, une banque de tissus, un centre d'analyse radiologique et un centre de bases de données. L'analyse ne s'achèvera qu'après la réalisation des dernières imageries par résonance magnétique (IRM) en 2006. Le Dr William Slattery (House Ear Institute) a fait un exposé sur l'étude de l'histoire naturelle de la NF2, qui en est présentement à sa cinquième année. Dans le cadre de l'étude actuelle, on recueille des données sur la charge des tumeurs intracrâniennes et spinales, les essais ophtalmologiques, les essais auditifs, le fonctionnement physique et la qualité de vie. Le Dr Gordon Harris (Harvard University/MGH) a présenté ses travaux sur le service d'archivage d'images numériques et de métrologie sur la neurofibromatose, financés dans le cadre d'un contrat conclu par l'entremise de la NNFF. On peut comparer les analyses d'images d'une même lésion chez une personne sur une période de temps, puis les présenter sous forme graphique dans un rapport sur le Web, protégé par mot de passe. Le médecin traitant peut ainsi accéder à ce rapport et l'intégrer aux antécédents médicaux du patient.

Les plus grands scientifiques au monde se rencontrent au colorado

Le « NNFF International Consortium for the Molecular Biology of NF1, NF2 and Schwannomatosis » a tenu sa 18e rencontre annuelle à Aspen, au Colorado, à la fin mai et attiré un nombre record de 153 participants du Canada, du Royaume-Uni, de la Belgique, de la Norvège, de la Suède, de la Finlande, de l'Allemagne, de la France, de l'Italie, des Pays-Bas, de l'Espagne, du Brésil, de la Turquie, du Japon, de l'Australie et de tous les coins des États-Unis.

Essais cliniques

Le Dr Stephen Eck (Pfizer Global Research and Development) était le conférencier principal sur le sujet de traduire la recherche fondamentale en essais cliniques. Les éléments suivants sont nécessaires au développement d'un médicament pour le traitement efficace (ou curatif) de la NF : 1) une importante injection d'argent sur une période de huit à dix ans; 2) une compréhension du processus de la maladie, y compris les aspects qui contribuent à la morbidité et à la mortalité; 3) des cibles moléculaires pouvant faire l'objet d'une intervention pharmacologique; 4) une plateforme pour la conception d'études cliniques. Afin de tester l'efficacité de médicaments possibles dans le cas d'une maladie rare, il doit y avoir un moyen de mesurer les avantages cliniques. On peut utiliser des biomarqueurs, tels une diminution de l'activité des protéines tumorales, pour des études préliminaires. Cependant, un résultat final clinique bien défini est essentiel pour obtenir l'approbation de la Food and Drug Administration (FDA). La survie est la norme idéale, mais des normes comme la prévention de dommages structurels ou le prolongement du délai jusqu'à l'apparition de symptômes peuvent être acceptables dans le cas d'un trouble chronique comme la NF.

Le Dr Scott Plotkin (Harvard Medical School/MGH) a décrit les étapes qu'il faut franchir pour procéder à un essai clinique sur la NF. Il faut avoir une compréhension suffisante de la science fondamentale pour cibler le mécanisme sous-jacent de la complication reliée à NF. Il faut connaître l'histoire naturelle du trouble sur toute la vie d'une personne. Il doit y avoir des modèles précliniques pour effectuer un criblage initial d'agents possibles. La conception de l'essai clinique doit se concentrer sur la qualité de vie, plutôt que sur la survie, en tant que résultat final probant. On doit continuer d'avoir accès à des possibilités de financement pour élaborer et poursuivre des essais propres à la NF. Il faut rationaliser le processus d'approbation du Institutional Review Board (IRB), car la plupart des essais sur la NF, de par son statut de maladie orpheline, doivent être pluri-institutionnelles. On doit établir des collaborations afin de pouvoir recruter les nombres élevés de patients nécessaires à la réussite d'un essai.

On a discuté des essais cliniques en cours et, bien qu'il soit trop tôt pour en prédire l'issue, les résultats ne sont pas aussi encourageants que l'on aimerait. On fonde toujours de l'espoir sur les interactions entre les scientifiques-cliniciens et les compagnies pharmaceutiques afin de repérer d'autres composés qui pourraient s'avérer plus aptes à combattre les tumeurs liées à la NF.

La Dre Eva Dombi (NCI/NIH) a fait part de l'essai clinique croisé contrôlé, en double insu, de phase II, actuellement en cours, de l'inhibiteur de la farnesyl transférase R115777 pour les patients ayant la NF1 et des neurofibromes plexiformes progressifs. La Dre Dusica Babovic-Vuksanovic (Mayo Clinic) a décrit un essai de phase I de l'agent antifibreux pirfénidone chez des enfants ayant la NF1 et des neurofibromes plexiformes. Les résultats de l'étude de phase I ont permis de déterminer que la dose pédiatrique optimale est de 500 mg/m2/dose, laquelle sera utilisée lors de l'essai de phase II. Les toxicités ne limitant pas la posologie comprennent la diarrhée, la nausée, les vomissements, la fatigue, la gastrite et le prurit. La Dre Brigitte Widemann (NCI/NIH) a décrit l'essai de phase II de la pirfénidone, qui sera effectué chez des enfants et de jeunes adultes et qui est prévu débuter cet été.

Nouveaux médicaments à tester

Le Dr Gideon Bollag (Plexxikon, Inc.) a décrit les travaux sur la régulation du mastocyte dans le développement des neurofibromes. Les mastocytes réagissent à plusieurs composés et, dans les neurofibromes, les cellules Schwann affectées sécrètent un excès de facteur des cellules souches. Les mastocytes réagissent à cause de la présence d'un récepteur tyrosine kinase c-Kit sur leur surface. Des scientifiques chez Plexxikon ont développé une série de médicaments qui inhibent le récepteur c-Kit, puis testé ces médicaments pour une série d'autres maladies à médiation mastocytaire, y compris la sclérose en plaque. L'un des composés est prometteur dans plusieurs modèles et serait un candidat à évaluer dans le cadre d'études précliniques, notamment des essais dans des modèles de NF1.

Le Dr James Winkler (Array BioPharma) a fait un exposé sur le développement d'un inhibiteur de MEK sélectif, l'ARRY-142886. La MEK est un élément clé dans la voie Ras-Raf-MEK-MAPK qui a été associée à la croissance de tumeurs. L'ARRY-142886 agit contre la MEK à très faible concentration. L'ARRY-142886 s'est montré efficace contre un grand nombre de lignées de cellules tumorales et contre des modèles de xénogreffes de tumeurs. On a observé une régression des tumeurs primaires, et l'ARRY-142886 a également été efficace dans le cas de tumeurs rétablis, ce qui indique un manque de résistance au médicament. On teste actuellement l'ARRY-142886 dans le cadre d'essais cliniques de phase I chez des patients atteints de cancer, et celui-ci serait un candidat à tester dans des modèles de souris atteintes de NF.

La douleur

La Dre Lisa Smith (University of Indiana School of Medicine) a mené une étude pour classer les types de douleurs associées aux plaintes de patients ayant la NF1, tant chez les adultes que chez les enfants. Pour la plupart des enfants, la douleur n'avait pas d'incidence sur leur vie quotidienne. Chez les adultes, 65 % des patients avaient de la douleur associée aux neurofibromes. L'étude se concentre sur les effets de la douleur sur la qualité de vie chez les gens atteints de NF1. La Dre Cynthia Hingtgen (Indiana University School of Medicine) a parlé de la démangeaison et de la douleur liées à la NF1. Ses études visent à déterminer ce qui arrive aux nerfs sensoriels chez les patients atteints de NF1, qui les rend plus sensibles à la douleur. Les neurones de souris +/- NF1 sécrètent davantage de peptide apparenté au gène de la calcitonine (CGRP) que les neurones normales et manifestent une excitabilité accrue, ce qui indique une sensibilisation plus élevée à la douleur. D'autres études pourraient expliquer les réactions anormales au niveau de la douleur éprouvée par les personnes atteintes de NF1.

Autres sujets cliniques

Le Dr Howard Feit (Henry Ford Hospital, Detroit) a présenté les défis d'administrer une clinique pour adultes ayant la NF. La clinique, où l'on voit autant les adultes que les enfants, regroupe plusieurs médecins travaillant ensemble, notamment, un pédiatre et un généticien, un neurologue pour adultes, et des ressources disponibles pour l'ophtalmologie pédiatrique, la neurochirurgie (nerfs périphériques), la chirurgie générale avec un intérêt pour la chirurgie des sarcomes. Pour les adultes, les soins précis sont dictés par l'histoire naturelle de la maladie chez chaque patient. Le manque d'assurance médicale constitue un obstacle important pour ce qui est de fournir des soins appropriés aux patients adultes atteints de NF.

La Dre Ludwine Messiaen (University of Alabama, Birmingham) a décrit ses études sur la neurofibromatose segmentaire. La NF1 segmentaire est présumée être un mosaïcisme somatique, où seulement une partie du corps est affectée, et les patients manifestent soit des taches café au lait multiples et des taches de rousseur seulement, soit des neurofibromes isolés multiples sans autres signes cutanés, ou encore des taches café au lait, des taches de rousseur et des neurofibromes. Elle a présenté deux cas de patients ayant des neurofibromes isolés multiples.

Le Dr Arie Perry (Washington University, St. Louis) a parlé de la méningioangiomatose (MA), une lésion rare associée à une crise épileptique, que l'on rencontre soit sporadiquement (75 %), soit dans le cadre de la NF2 (25 %). La MA peut être associée à un méningiome (MA-M). Dans la plupart des cas de MA-M, la perte des gènes NF2/4.1B a entraîné des tumeurs néoplasiques. Dans la majorité des cas de MA, il n'y avait aucun changement au niveau des gènes NF2/4.1B, et les tumeurs n'étaient pas néoplasiques. Cependant, dans deux cas, la MA présentait la perte des gènes et les tumeurs étaient néoplasiques.

Le Dr Thomas De Raedt (Université de Louvain, Belgique) a parlé de la neurofibromatose gastro-intestinale (GNF). Dans les cas de GNF, les neurofibromes sont limités aux intestins et se manifestent à l'âge adulte. Ces cas présentent une pénétrance incomplète, une expressivité variable et une hérédité autosomique, mais ne manifestent aucune des autres caractéristiques de la NF1 ou de la NF2. Dans un cas familial de GNF, on a trouvé une mutation dans une région du gène PDGFRa. Il s'agit de l'un des gènes que l'on a découvert comme ayant fait l'objet d'une mutation dans le cas de tumeurs stromales gastro-intestinales (GIST) sporadiques. Les neurofibromes gastro-intestinaux ont une pathologie distincte, différente de celle des GIST, bien que les gènes d'activation soient semblables. Les GIST se sont montrés réceptifs au Gleevec, ce qui permet d'entrevoir un traitement possible pour les patients atteints de GNF, qui n'a pas encore été essayé.

La schwannomatose

La schwannomatose a été l'un des grands sujets lors de cette rencontre. La NNFF a parrainé, à l'automne 2003, une conférence de consensus sur la schwannomatose, où l'on a établi que ce trouble est distinct de la NF1 et de la NF2. Le Dr Gareth Evans (University of Manchester/St. Mary's Hospital, Royaume-Uni) a présenté 76 patients ayant des schwannomes non crâniens multiples mais ne rencontrant pas les critères des National Institutes of Health (NIH) pour la NF2. Il suggère que 1:80,000 de ces patients ayant des schwannomes mais n'ayant pas de schwannome vestibulaire (VS) développera un VS chaque année. Il suggère que les patients qui développent deux schwannomes avant l'âge de 20 ans auront la NF2 et que ceux qui n'en auront que deux après l'âge de 20 ans auront la schwannomatose. Le Dr Jan Dumanski (Université d'Uppsala, Suède) a décrit ses récentes études sur la schwannomatose. Il pose comme hypothèse qu'un seul transcrit candidat pourrait être responsable de la génération du phénotype de la schwannomatose, de même que la variation phénotypique observée chez les gens atteints de NF2. Il propose qu'il y a recombinaison entre les marqueurs sur 22q et le gène de la NF2, qui varie entre les divers phénotypes de la NF2 et de la schwannomatose, et il suggère un syndrome de gènes contigus.

Le Dr Hamid Salamipour (Harvard Medical School/MGH) a présenté des données radiographiques sur 12 patients ayant la schwannomatose caractérisée ou présumée. On a constaté que les tumeurs liées à la schwannomatose étaient des lésions arrondies ou ovales, discrètes et bien définies, distribuées le long de nerfs périphériques aux extrémités et dans les racines des nerfs para-épineux. Il a pu conclure que les schwannomes se distinguaient assez facilement des neurofibromes plexiformes de la NF1. Le Dr Oliver Hanemann (Université d'Ulm, Allemagne) a parlé des changements de la structure interne des cellules des tumeurs schwannomes chez les humains. Il a trouvé que les filaments intermédiaires dans les cellules étaient regroupés autour du noyau de la cellule, plutôt que d'être distribués dans le cytoplasme des cellules normales.

Les complications squelettiques

Il y a eu plusieurs exposés excitants sur les os, relativement aux symptômes de la NF1. Ces études commencent à permettre de mieux comprendre les lésions squelettiques chez les personnes atteintes de NF1, et les scientifiques peuvent maintenant commencer à chercher d'autres facteurs qui pourraient expliquer pourquoi ce ne sont pas toutes les personnes atteintes de NF1 qui ont des complications squelettiques. Le Dr David Stevenson (University of Utah) a parlé de ses travaux sur les manifestations squelettiques de la NF1. Il a étudié un groupe de 40 personnes atteintes de NF1 à l'aide de deux techniques d'imagerie afin d'examiner la densité et la structure osseuses dans leur ensemble, comparativement à des personnes n'ayant pas la NF1. Il a constaté des signes que toutes les personnes atteintes de NF1 ont une architecture, une densité et une solidité osseuses différentes de celles des personnes n'ayant pas la NF.

Le Dr Juha Peltonen (University d'Oulu, Finlande) a fait part d'études sur la pseudarthrose congénitale, dans le cadre desquelles on a examiné les cellules souches mésenchymateuses (MSC) du site de la pseudarthrose dans deux cas de NF1 et comparé ces dernières aux MSC de contrôles sains et aux MSC de l'épine iliaque d'un patient atteint de NF1. Son groupe a constaté que les MSC des sites de la pseudarthrose étaient beaucoup plus faibles au niveau de leur capacité de se développer pour fabriquer des protéines cellulaires des os que les MSC des personnes saines et même que les MSC de l'épine iliaque de la personne ayant la NF1. Il a également décrit l'une de ses études portant sur cinq patients atteints de NF1, où il avait transplanté des MSC des cellules de crête iliaque saines du même patient à l'endroit de la pseudarthrose. L'étude ne datait que de trois semaines, alors il n'y avait donc aucun résultat à présenter, mais aucun des patients n'avait subi de réactions indésirables au traitement.

Le Dr Wade Clapp (Indiana University) a comparé les cellules ostéoclastes progénitrices de souris atteintes de NF1 avec celles de souris de contrôle saines. Il a constaté qu'il y avait un nombre accru de gros ostéoclastes multinucléés chez les souris +/- NF. De plus, les cellules avaient une meilleure adhésion aux tranches osseuses, et les lacunes de résorption étaient plus nombreuses et plus grandes dans les os des souris +/- NF1, comparativement aux contrôles sains. Cela donne à penser que la neurofibromine pourrait avoir un rôle régulateur des cellules qui contribuent à la formation du squelette, ce qui entraînerait des anomalies squelettiques chez les personnes atteintes de NF1.

La neurofibromatose 2

On a présenté plusieurs importants progrès relatifs à la NF2 cette année, ce qui reflète le fait qu'un plus grand nombre de scientifiques en apprennent davantage sur la biologie de la protéine de la NF2 (la merline) et son action dans les cellules saines. Le Dr Xi He (Harvard Medical School/Children's Hospital, Boston) était le conférencier principal lors de cette séance. Il a parlé du rôle de la signalisation Wnt dans les maladies et le développement des vertébrés. Le Wnt est un gène essentiel au développement de certaines parties du cerveau et, lorsqu'il est perturbé, il entraîne une embryogenèse anormale et divers troubles. Le Dr He utilise une combinaison de techniques pour comprendre le fonctionnement de la voie de signalisation Wnt dans le développement. On utilise des études semblables pour comprendre les voies de signalisation qu'utilisent les gènes tant de la NF1 que de la NF2 et aussi pour comprendre leurs rôles dans les premiers stades de développement ainsi que les changements qui se produisent lorsque les gènes sont perturbés. La Dre Margaret McLaughlin (MIT) étudie le rôle de la merline durant le développement embryonnaire des souris, et elle a appris que la merline pourrait avoir un rôle dans la voie Wnt. Les souris -/- NF2 meurent tôt pendant la gestation, en raison d'un défaut extra-embryonnaire. Dans un modèle de souris atteintes de NF2, où le gène de la NF2 est supprimé complètement dans le système nerveux central en développement et de façon mosaïquée dans le reste du corps, les souris démontrent une gamme de défauts du tube neural. La merline pourrait jouer un rôle dans la voie Wnt non canonique, peut-être à titre de régulateur négatif de Rac, lequel contribue au remodelage du cytosquelette d'actine en interagissant avec les protéines de liaison de l'actine.

Plusieurs chercheurs ont décrit leurs études sur les rôles de la protéine de la NF2, la merline, ou d'autres protéines apparentées de la famille 4.1, y compris l'ezrine, la radixine et la moesine. Mme Nitasha Manchanda (Harvard University/MGH) a décrit des études qui indiquent que les protéines « MERM » interagissent de façon active avec d'autres protéines pour entraîner la réorganisation et la régulation de l'actine et ne sont pas présents seulement pour lier l'actine à la membrane cellulaire. La Dre Helen Morrison (Université de Karlsruhe, Allemagne) a montré que le CD44, la merline et l'ezrine jouent un rôle dans une commutation moléculaire qui active soit la croissance cellulaire ou l'inhibition de la croissance au moyen d'un signal transmis à la voie Ras-MEK. Le Dr Daniel Scoles (Cedars-Sinai Medical Center/UCLA) a décrit une protéine, un substrat de tyrosine kinase régulé par le facteur de croissance des hépatocytes (HRS), qui interagit avec la protéine de la NF2. Le HRS contrôle la signalisation du récepteur du facteur de croissance épidermique (EGFR), et le Dr Scoles veut déterminer un rôle pour la protéine de la NF2 dans ce processus. M. Taru Muranen (Université d'Helsinki, Finlande) a montré que la merline s'associe aux microtubules lors de la mitose au niveau des fuseaux mitotiques et lors de la cytocinèse à mi-corps.

Le Dr Michael Kalamarides (Fondation Jean Dausset, Paris, France) a présenté ses études sur les méningiomes, un type de tumeur que l'on retrouve couramment dans le cerveau des patients atteints de NF2. Il existe plusieurs gènes dont la perte pourrait contribuer à la formation de méningiomes, notamment le CDKN2A, le p14 (ARF) et le CDKN2B. Un modèle de souris développe des méningiomes lors de la perte des deux copies du gène de la NF2. On pourrait repérer d'autres gènes qui contribueraient au développement et à la progression de méningiomes dans ces modèles de souris.

La cognition

Le Dr John Gabrieli (Stanford University) a prononcé le discours principal sur la cognition. Ses travaux se concentrent sur la capacité d'utiliser les ressources mentales pour résoudre des problèmes et atteindre des buts exigeants. Il utilise l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pour étudier l'activité dans le cerveau pendant que les enfants font de simples tâches mentales. Il étudie des enfants ayant un trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH), mais il a proposé que des études semblables pourraient servir à étudier les défauts d'apprentissage chez les enfants atteints de NF1. Le Dr Robert Leark a indiqué qu'environ 50 % des enfants atteints de NF1 pourraient obtenir un diagnostic de TDAH. Le traitement de ces enfants avec du Ritalin pendant une année a amélioré leur rendement en termes d'attention soutenue et de contrôle des impulsions et entraîné de meilleurs comportements cognitifs et sociaux, soit des résultats semblables à ceux qu'ont obtenus des enfants ayant un TDAH mais n'ayant pas la NF1.

Le Dr Alcino Silva a parlé de l'utilisation de modèles de souris atteintes de NF1 pour étudier les défauts d'apprentissage et les traitements qui pourraient en prévenir ou en inverser les symptômes. Il avait indiqué que l'utilisation d'un inhibiteur de Ras inversait les défauts d'apprentissage chez les souris, mais un traitement à long terme chez les humains pourrait entraîner des effets secondaires toxiques. Une deuxième catégorie de médicaments, les statines, utilisées couramment pour traiter les taux élevés de cholestérol, a produit une inversion semblable des défauts d'apprentissage chez les souris. Le Dr Silva espère appliquer ces nouvelles connaissances à des essais chez les humains très prochainement.

La génétique et la biologie moléculaires

Modèles animaux

La Dre Anat Stemmer-Rachamimov (Harvard Medical School) a fait part des résultats d'un atelier ayant reçu l'appui du Department of Defense (DOD), auquel a participé un groupe international d'experts pathologistes. Les experts ont classé les lésions chez des modèles de souris transgéniques atteintes de NF, utilisés dans le cadre d'études publiées et non publiées, comparativement à des lésions correspondantes chez les humains. La classification était fondée sur la classification de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) des tumeurs des nerfs périphériques, mais il y avait suffisamment de différences pour créer un système nouveau pour les tumeurs chez les souris.

La Dre Karlyne Reilly (NCI/NIH) utilise un modèle de souris atteintes de NF1 qui a aussi une mutation de p53, pour identifier d'autres gènes qui pourraient agir à titre de gènes modificateurs affectant la tumorigenèse. On a repéré certains locus de gènes modificateurs en croisant des souris de souches différentes ayant des variations de gènes qui pourraient affecter l'expression de tumeurs chez une souris ayant une mutation connue associée à une tumeur. La Dre Reilly a découvert une sensibilité aux astrocytomes sur le chromosome 11, près de la NF1 et du gène p53. Elle précisera ces gènes modificateurs et les rôles qu'ils jouent dans la tumorigenèse.

La Dre Nancy Ratner (University of Cincinnati) a décrit le récepteur du facteur de croissance épidermique (EGFR) dans les cellules de tumeurs malignes de la gaine des nerfs périphériques (MPNST) de neurofibromes. Une surexpression de l'EGFR, en plus de la mutation de la NF1, pourrait être nécessaire à la formation de tumeurs liées à la NF1. Une surexpression de l'EGFR humain dans les cellules Schwann d'une souris transgénique a entraîné une augmentation de la taille des nerfs de 3 à 10 fois, une aberration des processus des cellules Schwann, une rupture des faisceaux de fibres amyéliniques, un accroissement des dépôts de collagène dans la matrice du nerf, une accumulation de mastocytes et un épaississement de la gaine de myéline. On a bloqué l'EGFR humain par l'administration d'Erbitux depuis la naissance jusqu'à l'âge de trois mois. Le traitement à l'intérieur d'un court créneau dès la naissance a permis d'avoir des nerfs normaux pour une période allant jusqu'à trois mois. Le traitement chez les jeunes animaux pourrait avoir le potentiel de bloquer la tumorigenèse en interrompant une étape précoce et critique d'une cascade d'événements menant à des changements complexes qui entraînent la formation de neurofibromes.

Le Dr Feng-Chun Yang (Indiana University School of Medicine) a parlé du rôle des mastocytes dans la croissance des neurofibromes liés à la NF1. Les cellules Schwann -/- NF1 sont les cellules initiatrices de la croissance des tumeurs liées à la NF1, mais il a été démontré qu'une insuffisance haploïde dans milieu tumoral est également importante pour la formation des tumeurs. Le Dr Yang avait montré antérieurement que les cellules Schwann -/- NF1 sécrétaient des kit-L pour favoriser la migration de mastocytes +/- NF1. Cette étude a révélé que les mastocytes +/- NF1 sécrétaient également des facteurs de croissance qui favorisent la prolifération des cellules Schwann via l'activation de Rac2.

Le Dr Michael Stern (Rice University) étudie les facteurs qui affectent la croissance des cellules gliales dans les nerfs périphériques chez les drosophiles, cellules qui sont analogues aux cellules Schwann chez les mammifères. L'expression active de Ras dans ces cellules augmente la croissance de ces dernières. Il a découvert que la mutation de la NF1 entraînait la suppression de cet effet de Ras, ce qui laisse supposer que la NF1 chez les drosophiles favorise, plutôt qu'inhibe, la croissance des cellules gliales. La deuxième activité de la NF1 que l'on a trouvée chez les drosophiles, soit l'activation de la protéine kinase A, pourrait avoir un rôle dans les cellules gliales. Le Dr Stern a montré que la PI3 kinase, mais non les voies Raf, faisait augmenter considérablement la croissance des cellules gliales, ce qui signifie que la PI3 kinase est un autre médiateur important des effets favorisant la croissance de Ras dans les nerfs périphériques.

L'analyse de mutations, relation aux résultats cliniques

Le Dr Yiping Shen (Harvard Medical School/MGH) a parlé de l'utilisation de l'hybridation génomique comparative (CGH) pour étudier les changements qui se produisent dans les méningiomes. On a trouvé des cas d'instabilité chromosomique dans toutes les tumeurs examinées, et beaucoup plus dans les tumeurs où il y avait délétion du chromosome 22 que dans les autres. Les travaux suggèrent aussi que la perte du chromosome 22 amorcerait un état d'instabilité chromosomique segmentaire, ce qui entraînerait un déséquilibre accru. Des études se poursuivront où l'on utilisera des microréseaux pour déterminer si certains profils de CGH peuvent servir à prédire l'agressivité et le comportement clinique des méningiomes.

La Dre Margaret Wallace (University of Florida, Gainesville) a présenté des données sur les mutations germinales et certaines mutations somatiques chez des patients atteints de NF1. Elle a présenté des patients ayant des phénotypes semblables et décrit les différents types de mutations à l'intérieur du groupe. Les groupes étaient répartis entre patients ayant des tumeurs malignes de la gaine des nerfs périphériques (MPNST), patients ayant des neurofibromes plexiformes mais sans malignité ainsi que d'autres catégories spécifiques. Elle a classé les patients selon le caractère sporadique ou familial de la NF1, le genre des patients, l'âge auquel les symptômes sont apparus, etc. Ces études continuent d'apporter davantage de renseignements au milieu clinique, lesquels pourraient aider à prédire les résultats pour les patients ayant nouvellement obtenu un diagnostic de NF1.

La Dre Ophelia Maertens (Université de Gand, Belgique) a parlé d'une stratégie globale d'analyse des mutations somatiques pour le gène de la NF1 sur des cellules Schwann développées à partir de neurofibromes dermiques. En raison du fait que la mutation germinale n'a pas aidé, dans la plupart des cas, à prédire le résultat ou le risque pour le patient, elle tente de déterminer si la mutation somatique apporte de l'information sur la charge tumorale chez les personnes atteintes de NF1. Dans 26 tumeurs chez cinq patients ayant la NF1, elle a repéré 20 mutations somatiques. Dix-huit étaient des mutations subtiles de différents types, et seulement deux manifestaient une perte d'hétérozygotie dans la région du gène de la NF1. Elle prévoit continuer ces travaux afin de déterminer s'il existe un modèle de mutations somatiques qui servira à prédire la charge tumorale.

Le Dr Michael Baser (Los Angeles) a fait part de bases de données qui décrivent des études longitudinales des taux de croissance de schwannomes vestibulaires ainsi que le développement de symptômes et leur relation au risque de mortalité chez les gens atteints de NF2. On utilise actuellement une base de données internationale sur la NF2 pour étudier les corrélations génotype-phénotype.

Les fonctions de la protéine de la NF1 non reliées à la Ras-GAP

Le Dr Klaus Scheffzek (Université de Heidelberg, Allemagne) a parlé de l'intérêt de son laboratoire pour l'étude de la structure cristalline de certaines autres régions de la protéine de la NF1, en vue de déterminer d'autres fonctions du gène de la NF1. La seule fonction de la protéine de la NF1 connue actuellement est la petite région qui code pour une protéine activant la GTPase spécifique à Ras (Ras-GAP), une région appelée le domaine relié à la GAP (GRD). Le groupe du Dr Scheffzek a résolu la structure cristalline d'un segment de 31 kDa du gène de la NF1 adjacent au GRD. L'analyse a révélé un domaine de fixation aux phospholipides inattendu qui n'avait pas été prévu selon la méthode des séquences ou d'autres méthodes bioinformatiques.

La Dre Karen Cichowski (Harvard University/BWH) étudie le contrôle du niveau de neurofibromine dans la cellule et la façon dont ce niveau est contrôlé par d'autres activités cellulaires. Normalement, la neurofibromine se détériore rapidement en réaction à un certain nombre de facteurs de croissance, nécessitant la protéine kinase C et des séquences adjacentes au domaine relié à la GAP. Les séquences de neurofibromine remontent rapidement après le traitement du facteur de croissance, et ce produit nouvellement synthétisé est phosphorylé. La phosphorylation se produit exactement au moment de l'inactivation de Ras, ce qui laisse supposer que la phosphorylation pourrait améliorer la fonction de la neurofibromine qui met fin à l'activité de Ras. L'activation de la voie Ras-Raf-MEK est à la fois nécessaire et suffisante pour assurer la phosphorylation de la neurofibromine. Une nouvelle protéine interagissant avec la neurofibromine ne peut être décelée que dans des conditions où la neurofibromine est phosphorylé. Des études se poursuivent pour que l'on puisse en apprendre davantage sur cet aspect de la neurofibromine et de sa fonction. NF

Pour consulter le compte rendu complet (en anglais) de la rencontre, veuillez visiter le site Web de la NNFF à l'adresse www.ctf.org.